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LE CHANT DE RUSSIE

La bonne affaire que la mort

A l’instant où l’on quitte un corps

C’est toi qui me trahi encore

Toi qui jadis me fit t’aimer.

 

Aux instants où l’on se souvient

Du premier amour, d’un parfum

Toi qui alors tendit ta main.

Vers le poète que j’étais.

 

Entends tu les hommes mourir ?

Et leurs soupirs soudain dormir ?

 

Te souviens tu des cris de guerre

Et des chants révolutionnaires

Il me semble que c’est hier

Que tu viens te battre pour moi.

 

Donner le goût de liberté

Au corps qui ne sait que vibrer

Le regard toujours effrayé

Les yeux remplis de désarroi.

 

Entends tu les hommes mourir ?

Et leurs soupirs soudain dormir ?

 

Faut il qu’on oublie que nous sommes

Pour le salut de millions d’hommes

Une page à l’histoire en somme

Dont nous ne faisons plus partie.

 

C’est la jeunesse qui se lève

Portant en elle la relève

Ils semblent que des voix s’élèvent

Dans les campagnes de Russie.

 

Entends tu les hommes mourir ?

Et leurs soupirs soudain dormir ?

 

Tout est affamé de pays

De langue où d’idéologie

Toi qui toi-même te trahi

Connais tu les cris défendu.

 

Qui ont versé jusqu’à leur sang

Dans la liste des combattants

Je me souviens encore enfant

De ceux qu’on ne rencontre plus.

 

Entends tu les hommes mourir ?

Et leurs soupirs soudain dormir ?

 

Je te nommerai camarade

Jusqu’à la fin de la parade

Même si tu étais bâtarde

Entre le mauvais et le bien.

 

Je tourne une page d’histoire

Que mes enfants ne peuvent voir

Que peut commettre un hasard

Dans le chemin des convictions.

 

Entends tu les hommes mourir ?

Et leurs soupirs soudain dormir ?

 

La bonne affaire que la mort

Ne plus pouvoir jouer ton corps

Mourir en connaissant ses torts

En sachant qui nous a trahi.

 

Je vois dans ton regard hagard

Les longues pages d’une histoire

D’un livre nommé livre noir

Où les mots ne sont que des cris.

 

Entends tu les hommes mourir ?

Et leurs soupirs soudain dormir ?

 

Le Caucase est un paradis

Et l’enfer, toute une Russie

C’est toi qui me regardes assis

Réécrivant les yeux d’Elsa.

 

Tu penses que la vie qui me gagne

Que ma nostalgie est au bagne

Mon amour un mât de caucagne

Sais tu que je n’aime que moi.

 

Entends tu les hommes mourir ?

Et leurs soupirs soudain dormir ?

 

Tu brandis fièrement la faux

C’est le sang qui teint ton drapeau

Je voudrais prendre le marteau

Briser les maillons de la foi.

 

Tu crois encore en des idées

Tu penses encore à tout changer

Mais te sens tu abandonnée

Même Marx n’y croirait pas.

 

Entends tu les hommes mourir ?

Et leurs soupirs soudain dormir ?

 

Tout est une affaire de temps

Le passé déborde au présent

Et même quand j’aurai cent ans

Je saurai que tu m’as trahi.

 

Je t’écrirais dans mon histoire

Comme un récit de cauchemar

Je dicterai le livre noir

Aux générations éblouies.

 

Entends tu les hommes mourir ?

Et leurs soupirs soudain dormir ?

 

J’ai posé sur toi mes espoirs

Comme l’on s’amuse à la foire

J’ai fais de toi mon écritoire

J’ai fais de toi toute ma vie.

 

Combattue, abattue la torture

Défendre la nomenclature

Ecrire ton nom sur les murs

Du sang précieux de la patrie.

 

Entends tu les hommes mourir ?

Et leurs soupirs soudain dormir ?

 

La bonne affaire que la mort

Une fois te serrer encore

Des préjugés être plus forts

Oublier que tu m’as trahi.

 

J’entends encore dans mon enfance

La chanson de mes espérances

Face auxquelles tu fais silence

Est-ce ainsi le chant de Russie.

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